Les caractéristiques et alternatives du projet

Devenu maître d’ouvrage du projet, le Département reprend les études préparatoires et non finalisées menées par l’État. Il a été fait le choix d’engager la comparaison entre trois scénarios.

La comparaison des variantes

Les différentes options d’aménagement doivent pouvoir être comparées à partir de plusieurs familles de critères. La démarche vise à rechercher le meilleur équilibre entre les gains attendus pour les usagers et le territoire, les impacts environnementaux et les moyens nécessaires à la réalisation. 

  • Sécuriser les déplacements de l’ensemble des usagers.
  • Apaiser les traversées de bourgs en réduisant le trafic.
  • Améliorer et fiabiliser les temps de parcours pour l’ensemble des usagers.
  • Renforcer l’accessibilité du territoire, y compris des secteurs aujourd’hui les plus éloignés des grands axes.
  • Soutenir le développement économique et résidentiel en favorisant l’implantation d’entreprises, l’accueil de nouveaux habitants et l’attractivité des territoires desservis.

La pondération donnée à chaque critère joue un rôle déterminant dans le résultat de l’analyse. La concertation préalable doit permettre de discuter de cela. 


La mise à 2x2 voies de la RN88 en tracé neuf 

Ce scénario, privilégié de longue date, consiste à créer une route express à chaussées séparées dans le fuseau défini par la déclaration d’utilité publique de 1997. La RN88 actuelle serait conservée pour la desserte locale. Le tracé neuf permettrait de contourner les secteurs habités, de supprimer les carrefours et accès directs et de mieux séparer le trafic de transit, les déplacements locaux, les poids lourds et les engins agricoles. Les opérations d’aménagement foncier et les expropriations ont été menées entre 2005 et 2010, et les acquisitions correspondant au tracé sont aujourd’hui réalisées en quasi-totalité. Au fil du temps, les documents d’urbanisme, les exploitations agricoles, les réseaux et certains projets locaux ont ainsi intégré la perspective de cette infrastructure. Elle nécessiterait toutefois d’urbaniser des terres, ce qui entraînerait des effets sur les milieux naturels, l’agriculture, l’eau et les paysages.

  • La création d’une route express à 2x2 avec une vitesse maximale de 110 km/h
  • L’aménagement de 7 tronçons entre le giratoire de Saint-Marc, au nord de la rocade de Rodez, et l’A75.
  • L’aménagement de quatre échangeurs principaux — Causse Comtal, Laissac, Recoules et Lapanouse —, le giratoire de Saint-Mayme, ainsi que des ouvrages destinés à rétablir les routes départementales, chemins ruraux, accès agricoles, itinéraires locaux, cours d’eau et continuités écologiques.
  • Un coût estimé entre 340 et 420 M€ HT.

Carte du projet d’aménagement de la RN88 entre Rodez et l’A75. Le tracé, en orange, est divisé en sept tronçons, avec les longueurs indiquées, et comporte plusieurs échangeurs : Causse Comtal, Laissac, Recoules et Lapanouse.

Les autres variantes approfondies par le Département de l’Aveyron 

Une mise à 2x2 voies de la RN88 actuelle

Cette alternative consisterait à élargir et transformer en 2x2 voies la route existante. Des contournements des bourgs traversés seraient réalisés pour assurer un niveau de service continu à La Roquette, Gages, Bertholène et Gaillac-d’Aveyron. Cette solution réutiliserait davantage le corridor routier actuel, mais elle impliquerait des travaux complexes sous circulation, la suppression ou le rétablissement de nombreux accès et des interventions importantes à proximité des habitations, des activités et des réseaux.

Ne pas réaliser de nouvel aménagement structurant

Dans cette hypothèse, la RN88 resterait dans sa configuration actuelle. Des travaux d’entretien ou de sécurisation ponctuelle pourraient être réalisés, mais sans transformation globale de l’itinéraire. Cette option éviterait les impacts directs liés à la création d’une nouvelle infrastructure. Elle maintiendrait toutefois les principales difficultés actuelles : insécurité et inconfort pour l'ensemble des usagers, traversées de bourgs, hétérogénéité des sections, conflits entre usages, accès et carrefours à niveau, possibilités limitées de dépassement et accidentologie élevée.


Les variantes étudiées par le passé 

D'autres solutions ont été examinées au cours de l'histoire du projet, sans être aujourd'hui approfondies au même niveau:

  • L’amélioration ponctuelle de la route existante, avec des créneaux de dépassement, la sécurisation de carrefours et des interventions ciblées, dans une logique de traitement progressif de l’aménagement à 2x2 voies. Image montrant une carte de l'Aveyron. Focus sur le tracé de la RN88 ou seront réalisés de potentiels travaux. Portion de Rodez à Séverac d'Aveyron. Aménagement sur place : créneaux de dépassement, amélioration et sécurisation des passages à niveaux, carrefours et accotements.
     
  • La création d'une route neuve en 2x1 voie, consistant à réaliser une nouvelle infrastructure sur les emprises prévues pour le projet. Cette infrastructure bidirectionnelle (voies non séparées) incluant plusieurs créneaux de dépassement, à l’image du « barreau de Saint-Mayme » aménagé en 2022 était compatible avec une mise à 2x2 voies ultérieurement.
    Image montrant une carte de l'Aveyron. Focus sur le tracé de la RN88 ou seront réalisés de potentiels travaux. Portion de Rodez à Séverac d'Aveyron. 2x1 voie en tracé neuf.
     
  • L’aménagement d’un premier tronçon Rodez-Laissac : dans cette perspective, la première section en tracé neuf ne concernerait que le tronçon situé à l’ouest de Laissac. Celui-ci serait aménagé à 2x2 voies ou 2x1 voie avec possibilité d’élargissement ultérieur à 2x1 voie. Image montrant une carte de l'Aveyron. Focus sur le tracé de la RN88 ou seront réalisés de potentiels travaux. Portion de Rodez à Séverac d'Aveyron. Tronçon en tracé neuf sur la portion Rodez-Laissac.
     
  • La recherche de fuseaux alternatifs en 2x2 voies notamment entre Rodez et Laissac autre que le tracé initialement prévu dans la bande DUP. Ces hypothèses ont été étudiées dans le cadre de l’étude de l’Etat de 2023.  
    Image montrant une carte de l'Aveyron. Focus sur le tracé de la RN88 ou seront réalisés de potentiels travaux. Portion de Rodez à Séverac d'Aveyron. 2x2 voies en tracé neuf avec 3 fuseaux alternatifs entre Rodez et Laissac.
     

Les impacts à prendre en compte

Un projet d’aménagement doit être apprécié au regard des bénéfices attendus, mais aussi de ses effets sur l’environnement, les activités et le cadre de vie. La méthode Éviter – Réduire – Compenser impose d’abord de rechercher l’évitement des atteintes dès la conception, puis de réduire celles qui ne peuvent être supprimées et, en dernier recours seulement, de compenser les impacts résiduels. La concertation intervient au stade de l’avant-projet : les études passées et les investigations en cours permettent d’identifier les grands enjeux, mais les impacts détaillés ne sont pas encore tous stabilisés. L’état initial environnemental et l’étude agricole doivent encore être consolidés avant de préciser les emprises effectives, les mesures d’évitement et de réduction, puis les éventuels besoins de compensation dans le dossier d’autorisation environnementale.

Voici un premier état des lieux des enjeux identifiés :

  • Foncier et agriculture : la surface totale comprise dans le fuseau historique issu de la DUP de 1997 représente près de 350 hectares. Cette suêrficie ne correspond pas à l'emprise qui serait effectivement consommée par le projet, laquelle sera précisée dans la suite des études. Une grande partie des acquisitions et réorganisations foncières a déjà été engagée, mais l’étude agricole doit encore préciser les effets sur les exploitations, les chemins, les accès aux parcelles et les circulations des engins et des troupeaux.
  • Biodiversité : le territoire comprend des habitats remarquables, des zones humides, des espaces protégés ou inventoriés et des continuités écologiques. Les risques portent notamment sur la consommation et la fragmentation des milieux ainsi que sur les espèces protégées ; leur ampleur précise reste à déterminer.
  • L’eau : le projet concerne quatre masses d’eau souterraines, constituées notamment par les systèmes calcaires sensibles des Causses, et franchirait sept cours d’eau ou ensembles de cours d’eau, dont l’Aveyron à plusieurs reprises. Les enjeux portent sur la qualité de la ressource, les écoulements, les risques de pollution et d’inondation.
  • Cadre de vie : le tracé neuf pourrait réduire le trafic et les nuisances dans les bourgs traversés par la RN88 actuelle, mais créer de nouvelles expositions au bruit, à la pollution de l’air ou aux effets visuels pour les habitations proches. Les nuisances doivent donc être appréciées à la fois dans les secteurs délestés et le long de la nouvelle infrastructure.
  • Paysages et patrimoine : Le site du projet se caractérise par une extrême diversité paysagère le long du tracé neuf étudié entre Rodez et Sévérac. Cette diversité résulte de la rencontre entre plateaux calcaires, vallées fluviales, avant-causses, reliefs boisés et espaces agricoles bocagers. Le projet modifierait la perception des paysages des Causses et de la vallée de l’Aveyron, avec des enjeux de covisibilité depuis les habitations, les itinéraires de promenade et plusieurs sites patrimoniaux.
  • Trafic routier : Les trafics moyens journaliers sur la nouvelle infrastructure à 2×2 voies sont estimés à : 17 000 à 20 000 véhicules/jr sur la section ouest, environ 8 000 à 11 000 véhicules/jr jusqu’au secteur de Laissac et 5 000 à 8 000 véhicules/jr à l’est de Laissac jusqu’au raccordement à l’A75. Ces valeurs traduisent une forte captation des flux structurants, en particulier ceux issus de la RN88 actuelle et de la RD911. Réciproquement, la mise en service de l’aménagement entraînerait selon les mêmes modèles une diminution très marquée du trafic sur la RN88 existante.
  • Multimodalité et modes doux : le projet modifierait la répartition des trafics et devrait maintenir les continuités routières, agricoles, cyclables et piétonnes interceptées. Hors échangeur, sur les voies présentant un faible niveau de trafic (inférieur à 1000 véhicules/jr), une circulation des cycles en voie partagée pourrait être retenue. Une autre question concerne le devenir de la RN88 actuelle. À ce jour, les documents de planification cyclable départementaux et locaux ne prévoient pas d’itinéraire cyclable continu le long de cet axe, notamment en raison de son niveau de trafic. Si le tracé neuf était réalisé et si le report de trafic prévu par les modélisations se confirmait, de nouvelles possibilités d’aménagement cyclable pourraient être étudiées sur certaines sections de l’itinéraire actuel.

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